Repas à 1euro.
Maxence Giorgi2 min de lecture
Approchez, approchez, mesdames et messieurs ! Ici même, vous pouvez vous délecter d'un délicieux mets, que dis-je, d'un menu complet, pour l'euro symbolique. Rien ne sert de me montrer votre fiche de paie, votre situation m'importe peu. N'étant pas moi-même endetté à hauteur de 3 000 milliards d'euros, c'est pour moi, j'ai l'honneur de vous l'offrir.
Derrière ce billet d'humour, vous devinez sûrement le sujet que je souhaite aborder. Récemment, nos très appréciés députés ont statué sur le repas à 1 € pour tous à l'université. Bien que cette mesure existe depuis un certain temps pour les boursiers, c'est bien son élargissement à tous qui m'interpelle.
Je suis le premier à plaider pour un accès à l'enseignement supérieur le plus égalitaire possible. Je suis extrêmement radical là-dessus car sans cela, qui peut tolérer de vivre dans une société où l'ascenseur social n'existe pas ? Tout le monde sait que dans nos sociétés modernes, l'accès aux études supérieures conditionne grandement la réussite en milieu professionnel, bien qu'une nuance s'impose1. Alors, quelle fierté y a-t-il à réussir au travail si, plus jeune, les trois quarts de ma classe n'ont pas eu accès aux mêmes études que moi faute de moyens ?
Je vous le concède, il y a peut-être une part d'égoïsme dans mon propos : j'aurais effectivement horreur de vivre dans une société où mon mérite serait réduit à l'aisance financière de mes parents. Mais j'estime être fier du pays dans lequel j'ai grandi, tant il a rendu l'accès à l'enseignement supérieur possible et égalitaire. CROUS, bourses, internats de la réussite, quasi-gratuité des facs, des prépas et des grandes écoles d'ingénieurs2. Cependant, un système parfait n'existe pas et il faut sans cesse innover pour en rectifier les défauts. En introduisant le système de repas à 1 € pour les boursiers, le message était clair : nul étudiant dans ce pays ne doit se soucier de son budget alimentaire alors que sa priorité est d'étudier.
Voici un problème réglé et on peut s'en féliciter. Il en reste cependant d'autres, plus difficilement documentables. Et vous conviendrez qu'il est politiquement plus difficile de capitaliser sur le fait d'avoir mieux subventionné un champ de recherche spécifique à l'université Lyon 2, que de crier sur tous les toits que grâce à vous, la nourriture devient gratuite. Alors, paresseux et opportuniste par nature, le député s'intéresse à la nourriture gratuite.
À l'heure où l'entièreté du corps professoral universitaire est cruellement sous-payée3… À l'heure où les étudiants boursiers galèrent tout autant qu'avant, car cette mesure d'élargissement ne les affecte pas (ils bénéficiaient déjà du repas à 1 €)… Ne vaudrait-il pas mieux s'attaquer, par exemple, à la rénovation thermique et à la climatisation des résidences du CROUS ? Rénover les bâtiments universitaires et abonder davantage les laboratoires de recherche ?
Eh bien non, le législateur préfère offrir un repas quasi gratuit à des étudiants dont les parents gagnent aisément 10 000 € par mois.
Le bilan en trois points
- Coût estimé de la mesure : environ 90 millions d'euros par an.
- Efficacité et ciblage social de la mesure : zéro.
- Conséquences de la mesure : des files d'attente interminables devant les restos U, et 90 millions d'euros en moins pour aider réellement les étudiants les plus précaires.
Le populisme tue l'action publique et ce n'est pas nouveau. Bien plus qu'un simple concept, il est le cancer incurable de nos démocraties.
Notes
- Voir L'enseignement supérieur, vraiment si supérieur ? ↩
- À ceux qui, ici, me rabâcheront le prix de leur école à 25 000 €/an : voir L'enseignement supérieur, vraiment si supérieur ? ↩
- À titre de comparaison, le salaire moyen d'un enseignant-chercheur en France est d'environ 66 500 € bruts annuels, alors qu'en Allemagne il tourne autour de 75 500 € et qu'en Suisse il dépasse les 150 000 €. ↩