Maxence Giorgi
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Le bonheur

Maxence Giorgi4 min de lecture

Sommaire · 5 parties

Puisque c’est une étape obligatoire pour ceux qui aiment s’exprimer, je vais moi aussi redéfinir à ma façon ce qu’il me semble être le bonheur. J’écris cela pour marquer dans le marbre ma vision, celle d’un jeune adulte de 20 ans qui, avec ses mots et sa faible connaissance du monde, va essayer de transcrire ce qu’il voit au bout du tunnel quand il ferme les yeux. J’aime penser qu’être heureux n’est pas un état, alors oui, il existe ces moments très singuliers où la frénésie nous habite. Mais c’est passager, et l’on ne se prétend heureux que par procuration d’un sentiment de nostalgie. Non, ces moments sont de la joie, du baume au cœur, mais le vrai bonheur, celui auquel on aspire, celui qu’on pense atteindre quand on aura fait le nécessaire, il est pérenne, durable, stable et accueillant. Je me suis longuement questionné : le bonheur a-t-il quelque chose d'ésotérique ? Est-il réservé aux plus éclectiques et sages d'entre nous ? Ou au contraire, l'imbécile heureux serait-il peut-être le seul à l'être ? Il est important d'avoir connaissance de son statut d'ignorant, comme disait l'autre, mais savoir qu'on ne sait pas, c'est également savoir ce à quoi on n'accède pas, c'est d'une certaine façon renoncer à ce qu'on a admis utopique. Alors, j'ai renoncé à penser le bonheur comme un dogme inatteignable et j'ai entrepris une démarche plus cartésienne, en bon scientifique, je me suis attelé à dresser cinq postulats qui, selon moi, définissent une esquisse de base du bonheur. Cette liste n'est pas exhaustive et elle est de toute évidence fausse, je la dresse car j'ai bon espoir que le chemin du bonheur se parcourt en se trompant de chemin, mainte et mainte fois, jusqu'à, sans faire exprès, croiser la route de celui-ci.

Pour bien définir le bonheur, je vais essayer de dresser des conditions sine qua non à l’obtention de celui-ci.

1

Quiconque prétend être heureux ne doit plus s’en rendre compte : le bonheur s’accompagne d’une grande sagesse et d’une grande tranquillité. L’homme heureux est un homme en paix avec ses passions. Il a canalisé les démons qui l’habitent et profite de chaque bouffée d’air comme d’une grâce de la vie. Le tumulte de nos vies modernes, où tout est devenu urgent pour s'assurer qu’aucun esprit dissipé ne puisse s’échapper trop loin, a laissé place à une plaine d’espérance.

2

Quiconque prétend être heureux doit être pleinement satisfait de ses possessions et ne doit pas jalouser ou envier quoi que ce soit. L’homme heureux cultive son potager et est seul maître de son destin ; il obtient ce que la vie lui offre et il s’en satisfait amplement.

3

Quiconque prétend être heureux se sent plus que jamais à sa place. Il est chez lui en maître, il est chez lui en son sein, mais également chez lui au sein de notre humanité, il contribue à sa vision du monde et n’envisage pas d’y modifier sa prépondérance.

4

Quiconque prétend être heureux a conscience de n’être qu’un humble passager sur terre et ne s’estime jamais plus que ça. Il a conscience d’avoir été poussière, puis est convaincu de le redevenir un jour, jour dont il a conscience de ne pas être le maître. D’ailleurs, il a abandonné l’idée d’en être le maître et il s’est délesté de ce fardeau.

5

Quiconque prétend être heureux souhaite, avant le sien, le bonheur des autres. Il a bien compris que sa condition n’était pas la plus importante, mais bien celle de ses pairs. Il a compris que pour vivre en parfaite symbiose, il faut savoir s’effacer au profit des autres.


Malgré tout ça, je me dois de vous faire une confession, j’aimerais, comme j'ai pu le dire plus haut, pouvoir être confiant à l’idée qu’on le sera tous un jour, mais j’ai peur que, bien que l’on soit capable de le nommer et même peut être de le définir, on soit tout à fait incapable de l’atteindre. Le bonheur est réservé à une classe d’hommes qui n’habite pas cette planète. Le bonheur, c’est un tel privilège que l’on doit avant tout s’estimer chanceux de pouvoir y penser. Et tant que cela reste un idéal, savourons et délectons-nous des moments de joie qui ponctuent notre chemin, ces moments où le tumulte laisse place à un peu de repos, ce moment où un grand sourire nous gagne en voyant le chemin parcouru. J’ai tendance, peut-être pour me rassurer, à me dire que d’être l’artisan de bon nombre de labeurs, que de vivre cette vie de pénitence, c’est peut-être la plus belle chose à laquelle on puisse accéder. Une vie pleine d’embûches, oui, mais une vie pleine. Je ne regrette aucun moment de malheur, aucun sanglot de tristesse, aucune difficulté éprouvée. Il n’existe pas de ces moments qui m’ont affaibli, bien au contraire. Ma situation n’a rien de singulier : chacun d’entre nous n’est que le résultat d’une roche bien mal taillée, mais taillée quand même. Chaque creux, chaque arête qui nous compose est le fruit d’une vie vécue. Aux antipodes d’une vie trop lisse, qui ne laisserait en nous qu’un sentiment d'impertinence.